La Compagnie du Double - Home

Créer une compagnie, c'est créer une structure

 

Une structure est :

  1. d'une manière générale, la façon dont les éléments participants d'un système,
  2. en construction, un assemblage d'éléments structuraux, c'est-à-dire porteurs, qui assure l'intégrité d'une construction et le maintien des éléments non structuraux (équipements, garnissage…).

Créer une compagnie, c’est alors délimiter un espace de travail en cooptant des éléments « porteurs » - rassemblés des personnes, fortes de leur potentiel pour créer - s’organiser, réfléchir sur les différents projets mis en place. Créer une compagnie, c’est mettre en place une colonne vertébrale constituée de valeurs, d’exigences, de désirs et d’outils de travail définis afin de pouvoir bouger, créer en toute liberté les uns avec les autres. Créer une compagnie, c’est croire profondément que l’aventure proposée est nécessaire et sources de déploiement pour ces membres.

 

Le 19 Avril 2012, La Compagnie du Double a été créée à Saint Ay (dans le Loiret - 45), ville d’origine d’Emilie. 

 

Amine Adjina / La Compagnie du Double est en compagnonnage avec Jean - Pierre Baro / Extime Compagnie. Extime Compagnie est conventionnée et soutenue pour le compagnonnage par le Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Île-de-France et est associée à Scènes du Jura – Scène nationale pour la saison 2016 - 2017.

La Compagnie du Double - Lignes

Le Double

Passionnés par l’Art de l’acteur, nous avons été l’un l’autre frappés dans notre travail d’acteur par la notion de double. Oui, dans des pratiques théâtrales très différentes, l’idée de double intervient sans cesse: le Nô ou toute forme masquée, la marionnette et la manipulateur, le clown et son nez,  le personnage et l’interprète, le passeur et l’auteur, le cinéma et le rapport à l’image, etc.. Mais ce qui nous saisit d’autant plus c’est que le double est tout d’abord à la source d’une chose primordiale pour un acteur au théâtre : la présence.


Nikolaus nous dit : « Vous savez ce qu’est la présence ? » Nous restons muets. Il met une balle sur sa tête. Il oscille pour la maintenir sur son crâne. Cela dure 3 minutes. Il enlève la balle de sa tête. «C’est cela ! La présence c’est le déséquilibre »


Le double contient le déséquilibre. Youri Pogrebnitchko nous faisait travailler Tchekhov avec la remémoration de nos ancêtres. Nos personnages se travaillaient dans le déséquilibre entre nous et l’image d’un grand-parent. L’acteur n’est plus seul au plateau. Il expérimente en présence des spectateurs : « ses peuples » différents, son souvenir, son rapport à une personne proche, tout en maintenant par exemple la trajectoire du personnage de Nina, de Tréplev, ou … Nous tenons à approfondir ces notions, à les expérimenter encore, avec ces outils-ci, et autrement.


« La première fois que je me suis sentie dans mon axe, c’est quand je jouais le rôle de quelqu’un d’autre. […] Il y a un cadavre en nous et ce cadavre c’est la personne que nous ne sommes pas, c’est la personne que nous pouvons être potentiellement mais que nous ne sommes jamais, cette personne que nous n’incarnons pas ; […] Tout ce que j’ai essayé de faire c’est de redonner vie au cadavre en moi. » Dustin Hoffman 


Redonner vie au cadavre mais en présence des spectateurs car le Double, c’est aussi la question du regard. L’acteur a besoin d’un regard sur lui, d’un autre. C’est la situation théâtrale première : celui qui est exposé et celui qui regarde. Comment le regard intervient-il dans le travail de l’acteur ? Quels liens, l’acteur et le spectateur entretiennent-ils, quels en sont les limites ? Qu’est-ce que l’exposition ? Ces questions feront entièrement partie de la recherche entreprise sur la question du double et de l’acteur.

 

L'écriture

Le deuxième axe fort pour le travail artistique de la Compagnie sera sur l’écriture. Notre goût se porte sur un théâtre de texte. Nous ne verrons pas le texte comme un objet intouchable mais comme une matière de jeu, de mise en scène, de réflexions. Ce regard sera notamment porté sur le travail d’écriture d’Amine - constituante indispensable à notre recherche.

 

Les premiers projets de la Compagnie du Double sont impulsés par notre curiosité pour cette écriture. Et si l’écriture était un territoire…notre travail théâtral serait d’explorer cet espace, d’enquêter sur tous ces signes. Chercher la forme scénique et le style de jeu approprié de chaque texte pour révéler dramatiquement sa densité, est notre recherche primordiale. Quel corps ? Quel espace ? Quelle lumière ? Quels acteurs ? etc. Scéniquement, il faut aiguiser, encore et toujours, notre outil de lecture et de jeu.

 

Notre ambition est de continuer à observer, à pratiquer les différentes écritures théâtrales et non théâtrales, contemporaines ou classiques afin d’être encore plus précis dans notre approche de l’écriture d’Amine. En effet, notre perspective artistique est vraiment de mettre en regard les écritures les unes aux autres. Si Amine signe l’écriture des premiers projets, notre désir pour la poésie (qu’elle soit de Pessoa, Mauvignier, Saint-Pol-Roux, Darwich, Pellet, Claudel, Céline, Maeterlinck…) continuera d’irriguer notre pratique et sera sûrement l’amorce de projets futurs. 

 

Le mythe

Le mythe est un boomerang. Il porte en lui les dynamiques théâtrales. La parole est son médium, le spectateur – gage du présent – et les lignes brutes des récits mythologiques – gage de l’écart – se confrontent.


Barthes, dans ses Mythologies, avance ceci : Le mythe est un langage. Or c’est précisément ce pan qui nous occupe. Le langage ou plus précisément la parole.

Par son caractère historique, le mythe est une forme particulière appartenant au collectif, à la cité. Il lui est destiné.


Il s’agit, par le spectre de l’écriture et plus encore par celui du théâtre, de s’emparer de cet élément du collectif pour le donner à voir autrement, ébranlé par le présent.

Car c’est bien de cela qu’il est question, notre histoire contemporaine. Comment le mythe permet d’interroger le contemporain ? Quelle distance nous offre-t-il pour que toujours soit possible la métaphore ?


De même qu’une langue est dite vivante quand elle continue, au présent, d’être modifiée afin de poursuivre son évolution, le mythe ne le reste lui-même que s’il est continuellement réinterrogé.