Note d'intention

« Mon imaginaire de mots,  je vous l’ai dit, c’est la pierre et le couteau. » Annie Ernaux

                                                          « Le verbe est un caillou / Un silex tranchant » Le Fils

 

Dans la chaleur du foyer est un texte sur la parole. Les mots y sont taillés. 

Au sens du tragique, la parole engage pleinement ceux qui la prononcent jusqu’à leur perte. Dans une atmosphère où le silence a été trop pesant, on prend le risque de mourir de dire.

 

Dans la chaleur du foyer est un texte sur l’éclatement de la cellule familiale, sa combustion par l’intérieur. Le feu qui prend va entraîner les êtres à se découvrir.

Il s’agit d’une famille où règne l’ordre, l’obéissance. Son modèle, transmis de génération en génération, est celui du patriarcat. Le Père y règne en maître ou essaie du moins de perpétuer une chose à laquelle il ne croit plus vraiment et à laquelle pourtant il s’accroche, comme pour rester en vie.

 

Dans la chaleur du foyer est une pièce sur le désir. C’est le désir qui entraîne l’éclatement de cette famille. C’est le désir qui peut lui seul entraîner la fissure et ainsi l’effondrement des modèles archaïques car il échappe à tout contrôle. Son dévoilement agit comme un accélérateur conduisant à des conséquences désastreuses. Le désir de la Mère pour le Fils (qui n’est pas son enfant) ouvre une brèche dans laquelle va s’engouffrer de la vie. Par son acte, son impossible acte, quelque chose se perfore montrant que d’autres voies sont possibles.

En ce sens, son désir est un acte politique. Il est un point d’acmé rendant possible la révolution à venir. Pas au sens où son désir l’engendre mais au sens où il agira par contagion.

 

Dans la chaleur du foyer est une pièce sur la fuite :

La fuite du Père qui se réfugie dans le jeu. Il passe son temps à jouer aux cartes avec son ami et d’autres personnes, représentées par des marionnettes. Il fuit le foyer et devient l’esclave de sa propre fuite, alimentant un rapport maladif au jeu dont il lui devient impossible de se passer. Dans cette atmosphère, il alimente sa propre dépendance et se remémore la figure de son Père ainsi que sa propre histoire. Le Père est un être à la recherche de sa virilité perdue. C’est un mou qui se défait de sa figure d’autorité.

La fuite du Fils devant le désir exprimé par la Mère. Il ne le comprend pas. Il ne l’imaginait pas. Pourtant le Fils désire aussi un bouleversement. Il souhaite renverser le pouvoir du Père. Il est dans le rejet. Il souhaite créer une société de frères. Les femmes sont des êtres dont il faut se méfier. Son désir d’un ordre nouveau est d’une violence excluant les femmes et tout ce qui s’apparente au charnel.

 

Dans la chaleur du foyer est une pièce sur la Mère. Ce mari qu’elle n’aime pas, qu’elle ne voulait pas. Cet ordre auquel elle doit se conforter et qui la rebute. Sa posture d’étrangère dans un pays qui ne l’accepte pas, qui ne l’a jamais accepté. Son devoir d’obéissance, de respectabilité qui lui pèse et qui lui est sans cesse rappelé par la Nour. De sa mère Duras disait : « Exubérante, folle, comme seules les mères savent l’être. Dans l’existence d’une personne, je crois, la mère est, dans l’absolu, la personne la plus étrange, imprévisible, insaisissable que l’on rencontre»

 

Dans la chaleur du foyer est une pièce sur le déclin. Quelque chose de nouveau doit advenir. Les schémas anciens (familiaux, sociétaux, etc.) sont bel et bien en train de mourir. La révolution par le peuple, dont il est question à la fin de la pièce, laisse présager la prise en charge et l’avènement de nouveaux modèles. Quelque chose est enfin possible autre que l’inéluctable répétition du même.

Les Hommes devront faire l’expérience de leur propre devenir.

 

Amine Adjina