Note d'intention

Retrouvailles ! est un spectacle sur la force de la parole – autant dans son processus que dans sa réalisation.

 

En novembre 2013, la première nécessité pour moi était de jouer dans la ville où la Compagnie est implantée, soit ma ville d’enfance : Saint-Ay (45130). Le lieu de représentation qu’est la salle François Villon, une salle des fêtes, m’a permis de relier l’espace à la thématique de la famille que je voulais absolument aborder – comme étude pour la prochaine création autour de Phèdre - Dans la chaleur du foyer. Partant de l’idée de jouer les dimanches après-midi, dans des salles des fêtes, j’ai voulu avec les acteurs travailler sur la situation commune du  repas de famille.  

 

Cette situation porte une dynamique théâtrale forte par les conflits, et l’identification qu’elle propose. Comment la famille peut être le lieu de contraintes, de désastres ou de possibles pour la parole ? Pourquoi réussir à « se dire » est si important ? Dans mon travail depuis trois ans avec les amateurs de Noyon, en Picardie, comme au sein de ma propre famille, je suis frappée par le complexe de l’expression et par les empêchements de dire.

 

Se dévoiler, réussir à exprimer ce que l’on sent, ce que l’on pense, au plus juste, sans craindre le jugement, sans écraser la parole par une posture d’autorité, ou bien sans se rétracter pensant que cela n’est pas intelligent/intéressant, ou encore sans être freiner par un monde social puissant, ou par une famille pudique, est une problématique active – car touchant chaque génération, et déclinée suivant les cellules familiales et leur histoire. La parole – et encore plus en famille, est une possibilité d’ouverture et de compréhension incroyable mais il faut réussir à l’appréhender. Si la parole est un acte - et le Théâtre en est une manifestation effective - qu’est ce qui la rend si difficile à s’accomplir ? Pourquoi avons-nous tellement de mal à parler, à agir en famille ? Et comment la parole, quand elle est contrainte ou imposée, peut-elle devenir uniquement la source de conflits, d’exaspérations, de préjugés, voire de rupture ?

 

J’ai voulu avec ce repas familial entre 4 cousins remettre la parole au centre, pour observer avec le spectateur ces mécanismes.  Le processus de travail se lie complètement à la thématique : à partir d’un canevas défini et de textes écrits par Amine Adjina – auteur et co-fondateur de la Compagnie du Double, les acteurs doivent sauter dans les improvisations, se risquer à l’inconnu de la parole. Pour renforcer le présent et l’enjeu de ce ring, j’ai voulu mettre le spectateur tout autour de cette table ronde du repas. Chacun se voit, chacun se jauge : le spectateur comme voyeur de cette scène familiale.

   

« Je marche à reculons vers le futur »  

 

Cette métaphore empruntée à Sarah Moon, photographe, exprime l’idée d’un chemin qui se tracerait avec un regard permanent tourné vers l’enfance et sa propre famille. Retrouvailles ! en est l’expression. 

 

 

 

Emilie Prévosteau.